Nomades des Océans - L'Association

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« Je suis un interventionniste, pas un protectionniste. Les océans se vident et ça n’intéresse personne. Mon travail consiste à détruire ce marché hors la loi. Un activiste doit passer outre ses petits problèmes, son bien-être et son ambition personnelle. L'ambition peut nuire à la cause défendue. Il ne faut jamais penser au succès ou à l'échec ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

Paul Watson est considéré mondialement comme l’un des grands experts de nos océans. Cofondateur de Greenpeace, il quitte l’association en 1977 pour créer la Sea Shepherd Conservation Society dont il est toujours le président. Sea Shepherd, que l’on peut traduire par « Berger des Mers », sillonne les mers du globe depuis plus de 25 ans à la poursuite des braconniers, chasseurs de baleines, pêcheurs au filet dérivant, trafiquants d’ailerons de requin et tueurs de cétacés. Sea Shepherd mène également de nombreuses campagnes de sensibilisation du public aux atteintes portées à nos océans. Il s’agit probablement de l'association la plus efficace sur le terrain. Elle sauve quelques 66 000 phoques en 1983. Paul Watson et son équipage ont déjà éperonné ou coulé plus d'une vingtaine de navires. Menacé à plusieurs reprises, Paul continue sa lutte qu'il qualifie de non-violente. Il créé un commando surnommé Orca Force. Le 6 février 1980, le célèbre baleinier pirate Sierra est coulé dans le port de Lisbonne. En août 1980, un chalutier japonais employant des filets dérivants est endommagé dans le Pacifique Nord. Le 9 novembre 1986, Sea Shepherd coule deux baleiniers pirates islandais dans le port de Rekjavik.« Il n'y a jamais eu de dommages corporels » explique Paul Watson. « Je ne viole pas les lois, je veux au contraire les faire respecter ». Les cibles principales de Sea Shepherd sont le Danemark, l'Islande, le Canada, la Norvège, Taiwan mais surtout le Japon, autorisé à capturer des centaines de rorquals chaque année pour des raisons « scientifiques ». « C'est comme les ailerons de requins, on les retrouve dans les assiettes des restaurants chics de l'archipel. Tout le monde le sait, mais personne n'agit ».

En 2003, quatre membres de l'organisation, dont Allison, la femme de Paul, ont fait le voyage jusqu'au Japon pour libérer une quinzaine de dauphins. Plus de 22 000 dauphins et marsouins sont en effet massacrés chaque année lors de carnages commandités par l’industrie des delphinariums et le marché japonais (photo ci-contre). Le Japon a déjà poussé vers l’extinction beaucoup d' espèces de cétacés dans le Pacifique Nord.

Sea Shepherd regroupe aujourd'hui plus de 35 000 membres donateurs. A Hollywood, Pierce Brosnan, Steven Seagal, Martin Sheen, Richard Dean Anderson et William Shatner en font partie. Paul Watson donne des conférences dans des universités aussi prestigieuses que UCLA (University of California, Los Angeles) et a été professeur d’écologie à Pasadena. En 2000, le Time l’a consacré héros de la protection de l’environnement du 20eme siècle. La ville de Saint Jean Cap-Ferrat l’avait déjà fait citoyen d’honneur en 1996. Matthieu Mauvernay.

Discours du 8 Janvier 2005

Etat des Lieux

« J’arrive aujourd’hui du Sénégal où j’ai rencontré le président Wade, à Dakar ; il nous a invité afin que nous discutions d’un moyen de protéger les eaux de son pays des pêches illégales qui s’y déroulent. C’est une situation bien étrange, car nous sommes considérés comme des pirates et les gouvernements nous demandent de l’aide pour réparer leur ingérence. Aujourd’hui tout est en train de s’effondrer et c’est à nous de réparer les dégâts.

Tout au long du 20eme siècle, les pêcheries humaines ont détruit 90% des poissons. En ce moment nous sommes préoccupés par la tragédie qui s’est déroulée dans l’océan Indien, le tsunami. Mais j’aimerais que vous réalisiez que chaque jour une catastrophe équivalente se déroule dans les océans. D’énormes chalutiers, les filets dérivants, les pêches à la traîne détruisent les fonds marins, dévastant les poissons, les invertébrés. Les êtres humains représentent un tsunami quotidien pour nos océans et les créatures qui le peuplent. Le degré de destruction est incroyable mais nous n’en sommes pas conscients. Nous n’y pensons même pas. Nous voyons le poisson dans les restaurants, un point c’est tout. Pourtant le problème est tellement grave que nous en sommes arrivés à la limite d’un désastre écologique marin.

Quand nous parlons de ça, tout le monde s’exclame « Oh mais vous êtes vraiment des fatalistes, vous voyez le mal partout » ; aux Etats-Unis on compare ironiquement les écologistes à Cassandre (1) parce que nous ne parlons que de choses tristes et glauques. Mais ce que les gens ont oublié, c’est que Cassandre avait raison ! Et ça ils n’y réfléchissent pas. Aujourd’hui on remarque qu’avec la disparition du poisson, l’être humain accuse tout le monde sauf lui-même. « C’est le temps, les extra-terrestres, les dauphins, les oiseaux de mer ; si on les tue, le poisson reviendra. »

Le problème est qu’aucun scientifique ne se penche vraiment sur la question : nous n’avons plus que ce que nous appelons des « bio-institués ». Les bio-institués ne sont rien de plus que des prostitués qui vendent leur science aux gouvernements. Et pour cette raison ils se débrouillent pour tout justifier, jusqu’à l’anéantissement. Il y a quelques années, je discutais avec un scientifique canadien et je lui disais « Dans trois ans, le saumon chinook va disparaître ». Il m’a regardé et a répondu « Watson, vous ne savez vraiment pas de quoi vous parlez, les meilleurs scientifiques du monde bossent sur le sujet ; vous racontez vraiment n’importe quoi, mais alors n’importe quoi ! ». Effectivement je racontais n’importe quoi, le saumon s’est éteint dès l’année suivante. Un an, pas trois.

Les gouvernements ne sont pas là pour aider les gens, ni pour aider l’environnement ; ils sont là pour aider les grandes entreprises. Et dans ce cas-là, les grandes compagnies de pêche. Si les gouvernements ne font rien de sérieux pour protéger les océans, ils vont mourir. Jacques Cousteau a dit, avant de s’éteindre « Les océans sont en train de mourir et tout ce que les flottes militaires trouvent à faire, c’est jouer à la bataille navale. C’est tout ce qu’ils savent faire. S’il n’avaient qu’une once de responsabilité, ils utiliseraient leurs compétences pour protéger les océans de ce qu’ils, de ce que nous leur faisons subir. »

Passage à l'Acte

Ce n’est pas une tâche facile mais au fil des ans j’ai remarqué que nous sommes passés, dans l’esprit des gens, du stade de radicaux au stade de conservateurs. Imaginez, au 17eme siècle, il y avait des pirates partout dans les Caraïbes. Ce ne sont ni les Britanniques, ni les Espagnols qui les stoppèrent ; ils étaient bien trop occupés à récupérer les pots-de-vin. Le fameux capitaine britannique Nelson n’a même pas pu sortir du port, en Jamaïque, parce que les commerçants le poursuivaient afin de l’empêcher d’aller faire des affaires avec les pirates. Finalement la piraterie a vu sa fin avec l’arrivée du pirate Henry Morgan.

Donc, si vous voulez arrêter des pirates, vous aurez besoin de pirates, pas de gouvernements. L’anthropologue Margaret Mead a dit un jour « Ne comptez jamais sur les gouvernements ou les institutions pour régler un problème d’ordre social ; ils ne l’ont jamais fait, ils ne le feront jamais ». Tous les grands changements sociaux découlent de la passion et de l’activisme d’individus ou de groupes d’individus. C’est ce qui fait la différence. L’esclavage n’a pas été aboli grâce au président Abraham Lincoln, mais grâce à des gens persécutés à qui le gouvernement a ensuite volé le mérite. La même chose s’est produite pour le mouvement des femmes. Elles étaient persécutées et le gouvernement n’a fait que reprendre ce qu’elles avaient créé. Chaque acquis est la conséquence d’une lutte acharnée. Avec Sea Shepherd, nous essayons d’encourager les gens à comprendre que chacun de nous a le pouvoir de faire basculer l’ordre des choses, en ayant le courage de s’insurger contre ce qui nous révolte ; le résultat peut être infime ou conséquent.

En 2003, les Japonais ont capturé quinze dauphins qu’ils comptaient tuer. Ma femme Allison et Alex, un membre hollandais, ont sauté dans l’eau, coupé les filets et relâché les dauphins. Ils se sont faits arrêter et ont passé trois semaines en prison pour ça. Mais qu’est-ce que trois semaines comparées à la vie de quinze dauphins ? A moins que nous soyons résolus à nous battre pour ces espèces et l’environnement, nous ne risquons pas de gagner ou de faire avancer les choses. Nous devons être capables de nous lever et de combattre.

De la Valeur des Choses

Rien dans la Nature n’est considéré comme sacré par les êtres humains. L’Humain est une espèce incroyablement violente, qui passe son temps à justifier cette violence. Nous sommes prêts à tuer pour protéger une chose à laquelle nous croyons. Nous avons des valeurs, principalement la religion, et le meilleur moyen d’illustrer ceci est de s’imaginer se promenant dans la Mecque, de se rendre à la Pierre Noire et de cracher dessus. Vos chances de sortir vivant de la ville sont très minces. Pourquoi ? Parce que vous avez sali quelque chose de sacré. Maintenant, promenez-vous dans Jérusalem, une grande hache sur vos épaules ; allez jusqu’au Mur des Lamentations et commencez à vous creuser un passage. Vous allez être massacré par les soldats israéliens et tout le monde dira que vous l’avez mérité. Vous avez attaqué quelque chose de sacré. Enfin, allez à Rome et défoncez la Pietà à coup de masse puis déchirez la photo du Pape au-dessus des ruines. Les gens vous haïront pour ça. Parce que c’est un lieu saint...

Pourtant, chacun de nous évolue dans les plus belles cathédrales du monde : la forêt Redwood en Californie, la forêt vierge d’Amazonie, la Grande Barrière de Corail d’Australie, que nous détruisons à coup de tronçonneuses, de chaluts, de bulldozers. Et comment les gens se révoltent-ils contre ça ? Ils écrivent des lettres, ils brandissent des pancartes, ils ne font pas grand-chose en définitive. Ils ne font rien parce que tout ça ne fait pas vraiment partie de leur petit monde. La religion fait partie de leur monde, l’architecture fait partie de leur monde, les divertissements font partie de leur monde. Pas les dauphins. Pas les arbres. Au final, nous sommes prêts à tuer des centaines de milliers d’innocents pour protéger le puits de pétrole d’un riche homme d’affaire mais nous ne sommes pas prêts à nous révolter pour protéger les baleines. Un reporter m’a déjà demandé, « Comment pouvez-vous risquer votre vie pour protéger une baleine ? » Et si nous parlions d’un soldat en Iraq, comment peut-il risquer sa vie pour protéger un puits de pétrole ? On ne pose jamais cette question parce qu’au nom du patriotisme on donne une médaille et ça justifie tout.

Il y a quelques années, au Zimbabwe, un ranger a abattu un braconnier qui était sur le point de tuer un Rhinocéros noir. Des associations représentantes des Droits de l’Homme se sont écriées « Comment a-t-il osé faire ça ? Tuer un être humain pour protéger un animal, c’est inacceptable ! ». La réponse du ranger parue dans le Time Magazine « Je ne comprends pas ; si j’avais été un officier de police et que j’avais tiré dans la tête d’un homme s’enfuyant d’une banque avec un sac rempli de billets, j’aurai été considéré comme un héro. Un sac rempli de papier est donc plus important que la vie de l’un des derniers représentants de la faune du Zimbabwe ? » Pourquoi ? Parce que nous vivons dans une société hypocrite. Qui plus est, nous vivons dans une société dont la culture est dominée par les médias. Les médias nous disent quoi penser, comment nous habiller, comment vivre. Ils nous dictent notre conduite et ont peu de considération pour la Nature.

Par exemple, aux Etats-Unis,  la chaîne CNN m’avait demandé, il y a quinze ans, de les conseiller pour la production d’une série de dessins animés, Captain Planet. Captain Planet et les Planeteers protègent la Terre. J’occupais le poste de conseiller jusqu’à ce que je fasse l’erreur de donner quelques conseils ! Ils ont diffusé l’extrait d’un épisode à 500 écoliers lors d’un festival du film sur l’environnement ; dans l’extrait, on voyait Captain Planet détruire des filets et des bateaux pour protéger des baleines, des dauphins et des phoques. La productrice a demandé si quelqu’un avait une question. J’ai pris la parole, « Barbara, sur les extraits, on voit Captain Planet et les Planeteers aller à l’encontre de la loi en détruisant la propriété d’autrui pour protéger des baleines, des dauphins, des phoques et des oiseaux de mer ; personnellement je suis d’accord ; là vous êtes en train de dire à ces enfants qu’il n’y a pas de problème, que c’est cool de détruire le bien d’autrui pour protéger l’environnement ; là aussi je suis d’accord. Mais pourquoi, lorsque nous grandissons pour devenir adultes et que nous agissons comme Captain Planet, votre chaîne de télévision, CNN, nous traite-t-elle d’écoterroristes ? Pourquoi dites-vous à ces enfants que la solution se trouve dans des actions que vous ne soutiendrez jamais ? » Nous nourrissons les enfants d’illusions. C’est ce que font les médias, ils ne donnent aucune solution concrète. Un des plus gros problèmes est donc de sensibiliser les gens au sort de l’environnement.

L'Oeil du Cachalot

J’ai été sensibilisé et je me suis impliqué dans l’activisme quand j’avais neuf ans. Je vivais alors dans un village de pêcheurs, dans l’est canadien. Durant un été, mon meilleur ami fut un castor; je passais tout mon temps à nager et à jouer avec lui. L’été suivant, quand je suis revenu, mon ami avait disparu. J’ai demandé ce qui était arrivé, on m’a répondu que des trappeurs étaient venus et avaient capturés tous les castors. Ca m’a mis très en colère. J’étais membre d’un groupe, le Kindness Club : être gentil avec les animaux. Je suis devenu « le tueur à gages » du Kindness Club. Avec mon frère et ma sœur, j’ai commencé en libérant les animaux pris dans les pièges et à détruire les pièges. A douze ans j’ai tiré dans les fesses d’un gars avec un pistolet à billes. Beaucoup plus tard, le gouverneur de Washington a dit qu’on pouvait mettre en évidence la folie de Paul Watson par le fait qu’à douze ans il a tiré dans les fesses d’un gamin pour sauver un oiseau. J’ai répondu qu’à cette époque, dans mon village, tous les gamins de mon âge se tiraient dessus avec des pistolets à billes et qu’au moins, moi, j’avais eu une bonne raison pour tirer !

Mais la chose qui a complètement changé ma vie, c’était en 1975, durant la première mission de Greenpeace pour sauver les baleines. Nous sommes tombés sur un baleinier soviétique à 100 kilomètres au large du nord de la Californie. A cette époque nous lisions beaucoup d’écrits de Gandhi et nous avions eu l’idée de nous poster entre le harpon et les baleines en pensant que les Russes ne tireraient pas. Ce qui a fonctionné entre Gandhi et les Anglais n’était plus d’actualité avec les Russes… Nous avons mis le Zodiac entre le navire et le groupe de baleines. La mer était agitée. Le capitaine du baleinier est venu près du harponneur, nous a regardé et a fait signe qu’il nous trancherait la gorge s’il le fallait. Juste après nous avons entendu une explosion et senti le harpon voler au-dessus de nos têtes pour se planter dans le dos d’une des baleines, une femelle grand cachalot. Elle a hurlé ; je n’avais jamais imaginé qu’une baleine pouvait crier, mais ça ressemblait à un cri humain, un cri de femme.

Le sang et la graisse se sont mis à couler dans la mer et d’un seul coup la plus grosse des baleines, un gros mâle, a disparu sous l’eau en claquant sa queue à la surface. Tous les experts nous avaient dit que la baleine nous attaquerait si elle était blessée, pour défendre sa famille. De plus, nous nous trouvions sur un petit bateau : nous attendions donc que la baleine nous attaque. D’un seul coup, j’ai vu l’eau se soulever derrière nous et la baleine émerger droit vers le harponneur pour essayer de l’attaquer. Le harponneur avait déjà mis un deuxième harpon et tira dans la tête du cachalot. Le harpon explosa, le cachalot hurla et retomba dans une gerbe d’écume. Il y avait du sang partout. Alors qu’il se débattait dans l’eau, j’ai pu voir son œil. Il a disparu de nouveau mais je pouvais le voir sous l’eau qui fonçait droit sur nous en semant des bulles de sang. Il a émergé en arrivant sur nous, prêt à retomber sur notre Zodiac.

J’ai tendu la main pour me protéger, je n’étais qu’à quelques centimètres de sa mâchoire. J’ai regardé dans son œil, qui était aussi gros que mon poing : ce que j’y ai vu a changé ma vie car cette baleine avait compris ce que nous tentions de faire. Au lieu de nous tomber dessus elle a utilisé ses dernières forces pour nous éviter. J’ai vu son œil disparaître sous l’eau puis elle est morte. Je considère que j’ai une dette envers cette baleine car je serais mort si elle n’avait pas choisi de nous épargner. J’ai ressenti de la pitié à ce moment-là, pas pour le cachalot mais pour nous-mêmes, comment pouvons-nous faire ça ? Commettre un acte aussi horrible ? Pour quelle raison ? Pourquoi les Russes massacrent-ils les baleines ? Pas pour la nourriture mais pour le spermaceti, huile très fine que l’on utilise dans la mécanique de haute précision. Et l’une de ces utilisations est la fabrication des missiles intercontinentaux. Nous sommes donc en train d’exterminer ces magnifiques créatures, si intelligentes, afin de fabriquer des armes destinées à tuer des humains par millions… C’est devenu très clair pour moi : notre espèce est folle à lier. C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé de passer ma vie à protéger le plus de baleines possibles et peu importe ce qu’en pensent les gens.

La Sixième Extinction

En 1986, après qu’on ait coulé la moitié de la flotte baleinière islandaise et détruit les plans de campagne des chasseurs, un ancien collègue de Greenpeace est venu me voir pour me dire « Je veux juste te dire qu’il n’y a pas de mot pour décrire ce que tu as fait, c’est répréhensible, criminel et impardonnable ! » ; j’ai dit « Et alors ? », il a répondu « Tu devrais savoir ce qu’on en pense ! » et j’ai conclu « Je m’en fous, c’est pas pour vous que j’agis, pour aucun humain sur cette planète mais pour les baleines. Trouve-moi une seule baleine qui n’approuve pas ce qu’on a fait et je te promets que je ne le referai plus jamais ! » . C’est là que nos opinions divergent. J’ai toujours voulu protéger les baleines parce que ce sont des baleines, les poissons parce que ce sont des poissons, les phoques parce que ce sont des phoques et je ne le fais pas pour les gens. J’ai beaucoup été critiqué pour ça, je suis considéré comme un misanthrope ; les gens disent que je n’aime pas les humains. La vérité c’est que je n’aime pas les humains ! J’aime les gens en tant qu’individus mais notre espèce est totalement irresponsable. Et personne n’ose parler de ce problème.

L’année où je suis né, en 1950, nous étions trois milliards d’êtres humains ; aujourd’hui, nous sommes 6,4 milliards : la population a doublé en une moitié de siècle ! Quand cela va-t-il s’arrêter ? C’est la question que nous devons nous poser. Nous payons le prix de l’augmentation de nos populations par la disparition de tout le reste. Nous vivons au cœur de la plus grande série d’extinctions depuis la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années. Il y a eu cinq extinctions majeures dans l’Histoire du Monde, nous vivons actuellement en plein cœur de la sixième. Entre 1980 et 2045, c’est-à-dire en 65 ans, nous allons perdre plus d’espèces animales et végétales que la Terre n’en a perdu en 65 millions d’années. Cette extinction de masse n’est que la conséquence de nos actes. En augmentant le nombre d’êtres humains sur cette planète nous volons l’espace d’autres créatures qui n’ont plus qu’à disparaître. Nous remplaçons la qualité de vie par la quantité d’êtres humains. Malheureusement nous nous adaptons à la pénurie de nos ressources.

 

En 1965, si je vous avais dit qu’au 21eme siècle on achèterait notre eau en bouteille et qu’elle coûterait plus cher que la même quantité d’essence, les gens auraient répondu « Vous êtes tarés, on n’achètera jamais de l’eau en bouteille ! ». Nous nous sommes adaptés et maintenant nous achetons tous des bouteilles d’eau ! En 1965, personne n’achetait d’eau en bouteille ! Aujourd’hui, que voit-on sur le menu des restaurants parisiens ?  Du turbot ! Il y a vingt ans, le turbot était considéré comme non comestible. Ce n’est pas très respectueux envers le poisson mais à l’époque personne n’en aurait mangé ; aujourd’hui c’est ce qu’on trouve dans nos assiettes ! Pourquoi ? Parce que toutes les espèces comestibles ont été victimes de la surexploitation et ont disparu : du coup, on s’est adaptés. En ce qui concerne le crabe, nous n’en achetons plus, nous achetons de la chair de poisson que l’on coupe en morceaux et auquel on ajoute la couleur et l’odeur du crabe. Les gens en mangent, croyant manger du crabe ! Nous nous adaptons à la disparition des ressources et c’est un problème, nous sommes très doués pour nous adapter. En revanche, nous sommes incapables de nous projeter dans le futur ou bien de nous rappeler comment les choses étaient auparavant, il y a des mois, des années ou même des siècles.

J’ai l’habitude de demander aux gens quel était le nom de leur arrière arrière arrière arrière arrière arrière grand-mère, celle qui vivait en 1500. Quel était son nom ? Personne n’est vraiment capable de répondre. Quelques personnes sont susceptibles de répondre, mais très peu. De toute façon on s’en fiche. Maintenant, allez en Australie et demandez à un Aborigène, comment elle s’appelait. Il vous le dira et vous racontera des épisodes de son existence car ces choses sont transmises de génération en génération. Pourquoi ? Parce qu’il sait d’où il vient. Et parce qu’il sait d’où il vient, il sait qui il est. Et parce qu’il sait qui il est, il sait où il va. Les Iroquois d’Amérique du Nord avaient un proverbe, « Ne prends jamais de décisions sans prendre en compte leurs conséquences sur les sept générations à venir». Quels seront les effets de notre comportement sur les générations à venir ? Nous ne nous en soucions pas.

Lois de l'Ecologie & Guerres de Ressources

Un jour j’ai conseillé à un pêcheur, « Si tu ne vois pas d’autres raisons, protège au moins les poissons pour tes enfants ! Comme ça ils pourront aller pêcher ! » Il a répondu « Oh tu sais, dans cinq ans j’aurai fini de payer ma maison ; après ça le monde peut bien s’écrouler ! » ; « Pourquoi as-tu eu des enfants ? » ; « Ben c’est comme ça que ça doit être ! ». Très peu de gens réfléchissent au pourquoi du comment, pour quelle raison font-ils des enfants ? Ils le font juste parce que c’est comme ça que ça doit être ! C’est pour cette raison qu’il y a tant de problèmes dans le monde, tant d’enfants non désirés, aucune raison valable n’a motivé leur venue au monde. Encore une fois c’est parce que nous avons perdu nos racines ancestrales. Il y a des lois naturelles basiques à suivre ; chaque espèce se doit de suivre ces lois si elle veut survivre sur la planète. En 3,5 milliards d’année d’Histoire Naturelle, on a pu constater que toutes les espèces qui n’ont pas respecté ces lois se sont éteintes. Nous pensons être les créatures les plus abouties de l’Evolution mais nous violons ces lois.

La première loi est la loi de la Biodiversité : la force d’un écosystème réside dans la diversité des espèces qui le compose. La forêt vierge est un écosystème plus fort que la forêt boréale du Canada. Plus de diversité, plus de force. La deuxième loi est la loi de l’Interdépendance : Toutes ces espèces ont besoin les unes des autres pour bien vivre. Si vous arrachez un arbre vous verrez que tous les autres arbres y sont liés. Une des expériences que je propose à mes étudiants est celle-ci : si vous avez le choix entre sacrifier un être humain ou une espèce de bactérie, que choisissez-vous ? Laisser vivre l’humain et anéantir la bactérie ? Ou tuer l’humain pour préserver la bactérie ? Le choix est plus simple lorsque l’on prend un bébé humain. Un bébé humain très craquant, un petit bout de chou. On tue le bébé pour protéger la bactérie ? On détruit la bactérie pour protéger le mignon petit bébé ? Quand je demande cela à mes étudiants, ils me répondent qu’ils sauveraient la vie d’un humain plutôt que celle d’une quelconque bactérie. Mais quand je leur explique que cette même bactérie est la microflore qui vit dans nos intestins et qui nous permet de digérer nos aliments, illustrant ainsi la loi de l’interdépendance, ils réalisent en quoi consiste ce lien étroit. En sauvant la vie d’un seul humain, ils condamnent l’humanité toute entière. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas tenu compte de cette loi de l’interdépendance. La troisième loi est celle des Ressources finales : Il y a une limite à la croissance car il y a une limite aux ressources. Nous avons atteint les limites des ressources marines, les limites des ressources pétrolières et bientôt nous arriverons aux limites des ressources d’eau. Le 21eme siècle sera un siècle de guerres d’appropriation des ressources. Ca a déjà commencé, nous le voyons actuellement. Je n’ai pas à vous le dire, vous n’êtes pas Américains donc vous ne croyez pas à cette supercherie.

Les Américains sont très têtus quand il s’agit de cela mais la guerre en Iraq n’est qu’une guerre pour le pétrole. Ca n’a rien à voir avec la démocratie ou la liberté, juste le pétrole. La chose est ce qu’elle est, une guerre de ressource ! D’ici 20 ans il y aura des guerres pour l’eau. Il y aura des guerres pour accéder à l’Antarctique. Je pense qu’il y aura une guerre entre les Etats-Unis et le Canada parce que les Etats-Unis vont dire au Canada, « Nous voulons votre eau », et le Canada va répondre « Non » ; les Etats-Unis vont rétorquer « Ok, on va venir la chercher nous-mêmes ». Comment pouvons-nous être si sûrs de cela ? Il y a deux ans, une panne d’électricité est survenue en Californie. Elle réclama alors à l’Oregon et à Washington d’ouvrir leurs barrages pour avoir de l’électricité, tuant ainsi tous les poissons. L’Oregon et Washington n’avaient pas le choix, ils le firent car la Californie est plus puissante. Il arrivera la même chose entre les Etats-Unis et le Canada et le Canada a intérêt à accepter ou les Etats-Unis leur déclareront la guerre. Voilà en quoi consistent ces guerres de ressources.

Poissons & Boucs Emissaires

Les braconniers sévissent maintenant dans des zones protégées, voilà pourquoi nous laissons un de nos navires aux Galápagos où nous travaillons de pair avec le Galápagos National Park. Avant notre arrivée le nombre d’arrestations était nul : nous avons jusqu’à maintenant arrêté 45 navires. Le gouvernement équatorien ne fait rien si ce n’est récupérer les pots-de-vin. Nous sommes dans une situation assez ironique car nous fournissons le bateau pour les gardes-côtes.

Quand nous étions là-bas, la NAVY équatorienne est venue nous chasser des eaux territoriales : des caporaux sont montés à bord de notre navire pour nous prévenir que leur capitaine, ranger du parc, nous ordonnait de quitter les eaux. Je leur ai répondu « C’est le directeur du parc qui veut que nous restions ! Le pauvre capitaine veut que nous partions, le directeur national veut que nous restions... Retournez voir votre capitaine et dites-lui que je reçois mes ordres du directeur du parc, pas d’un pauvre capitaine de la NAVY ». Avant que nous n’arrivions aux Galápagos personne n’osait dire que la NAVY était corrompue, personne n’osait même employer le mot corruption. Depuis que nous sommes là tout le monde parle de corruption.

Il y a quelques années, j’ai été conduit dans le bureau du pauvre capitaine. Il m’a dit « Je n’aime pas ce qu’il y a sur votre site web, enlevez-le ! » ; j’ai demandé « Pourquoi, c’est faux ? », il a répondu « Non, ça embarrasse la NAVY, vous l’enlèverez ! » ; « Non, je ne le retirerai pas ! » ; « Vous le retirerez où vous irez en prison ! » ; « Pourquoi ? Quelles sont les charges ? Vous pouvez peut-être faire ce genre de chantage aux gens du coin mais ça ne marchera pas avec moi ! Alors mettez-moi en prison, je ne retirerai rien ! ». Bien sûr c’était du bluff, il a fini par m’ordonner de déguerpir. Le fait est que personne n’avait osé les défier avant nous. Et pourtant le problème est de plus en plus grave. Depuis que le poisson a disparu le long des côtes équatoriennes, tous les pêcheurs vont se ravitailler dans la réserve marine naturelle des Galápagos. Il y a 15 ans, la population était de 5 000 habitants, maintenant ils sont 30 000.

Ces gens réclament du poisson, la pêche doit se développer pour eux. Ils veulent construire des hôtels de luxe, développer le tourisme, la pêche au gros comme sport, l’extermination des requins… Bref, nous nous battons contre la pression économique. Se faire de l’argent, les gens ne voient pas plus loin que ça. Tout le monde se dit que tant qu’on peut se faire de l’argent aujourd'hui on se fout de savoir ce qui peut arriver dans 20 ans. Le problème c’est qu’il n’y aura plus rien dans 20 ans. On pourrait aussi appeler ça la « tragédie populaire ». Imaginez un pêcheur portugais qui arrive à Terre Neuve : il y voit un chalutier canadien ou russe et se dit, « Si je ne pêche pas ce poisson, les Canadiens ou les Russes vont de toute manière le faire à ma place donc autant que je me fasse de l’argent en le pêchant ! ». Ce pêcheur sait que les populations disparaissent, pourtant il pêche. Nous participons volontairement à l’extinction des espèces et nous nous y adaptons, nous nous justifions : nous sommes très doués pour trouver des justifications…

Il y a trop de gens et pas assez de poissons. Trop de gens et pas assez de tout le reste. Tant que nous ne nous rendrons pas à l’évidence nous gâcherons notre temps. La fin se rapproche. En 1972, j’ai participé à la conférence sur l’environnement des Nation Unies à Stockholm. L’ordre du jour concernait les solutions pour contrôler l’accroissement des populations humaines. En 1992 j’ai participé à la conférence de Rio de Janeiro. Le problème n’était plus programmé, personne n’en a parlé. Il a subitement disparu. Personne ne voulait offenser la population catholique brésilienne, personne ne voulait offenser le Pape. Donc nous n’en avons pas parlé… Comment voulez-vous résoudre un problème si vous n’en parlez pas ?

Donc, quand il n’y a plus de poissons, on trouve des boucs émissaires : 22 000 dauphins massacrés au Japon chaque année. Le Canada tue plus de phoques aujourd’hui qu’il n’en a massacré durant toute son histoire. Le quota est de 350 000 phoques à exterminer : il n’a jamais été aussi élevé. L’objectif, détruire les phoques. Le ministre des ressources canadien a déclaré, « Il y a 6 millions de phoques là-haut (en réalité il n’y en a pas tant mais c’est assez intéressant qu’il ait choisi ce nombre là), il y a 6 millions de phoques, je me fous de la manière dont vous le faites, mais tuez-les, brûlez-les, détruisez-les, moins il n’y en aura mieux je me porterai. » Ceci est une citation d’un politicien canadien…

Les massacres de globicéphales noirs aux îles Féroé (Danemark) sont toujours d'actualité. 3 000 dauphins tués chaque année. Pour le sport ! Parce que « Dieu leur a donné les dauphins » ! Quand j’ai discuté avec le Premier Ministre local je lui ai demandé, Bible à l’appui, de m’expliquer où il lisait que Dieu leur a donné ces dauphins. « Mais où donc Dieu a-t-il mentionné qu’il donnait ces dauphins aux habitants des îles Féroé ??? Selon l’Ancien Testament, vous n’avez pas le droit de manger un animal possédant des nageoires ou des écailles. Donc, selon l’Ancien Testament, manger des cétacés est une abomination ! ». Mais là encore, nous sommes doués pour justifier ce qui nous arrange. La Bible permet de justifier le Bien ou le Mal, au choix.

Les Norvégiens continuent à massacrer des phoques et des baleines, les Islandais, sous la pression économique, ont repris la chasse à la baleine ; les Japonais, quant à eux, massacrent tout : phoques, baleines, dauphins, poissons, tortues de mer… Ce sont les plus grands massacreurs. L’un des marchés engendrés au Canada par le massacre des phoques est la vente de pénis de phoques. Le gouvernement canadien dépense 3 millions de dollars pour envoyer une délégation en Chine afin de les convaincre que ce dont ils ont vraiment besoin, c’est de pénis de phoques. Pas de viagra, juste des pénis de phoques… Séché, tu le mets dans ton thé et tu auras une érection d’enfer ! Le Canada est devenu l’un des fournisseurs principaux de potions sexuelles vaudoues en Asie ! Il s’agit bien entendu d’une justification pour éradiquer les phoques...

Et pour vous montrer à quel point nous sommes stupides, la réalité est toute autre : si nous voulons plus de poissons, nous avons besoin de plus de phoques et de dauphins. Quand Jacques Cartier arriva sur les côtes du Canada, il ne manquait de rien et certainement pas de poissons. Pourtant il y avait 45 millions de phoques à cette époque sur la seule côte est du Canada. Cartier a même dit qu’il suffisait de mettre un panier à l’eau et de le ressortir pour qu’il soit plein de poissons. Comment, avec 45 millions de phoques, pouvait-il y avoir autant de poissons, d’autant plus que les quelques 2 millions de phoques qu’il reste aujourd’hui sont accusés de tout manger ? Prenons l’exemple de la morue : le phoque mange les prédateurs de la morue, donc moins de prédateurs il y a, plus de morues il y a.

Question d'Intelligences

Un autre problème, et pas des moindres, est le fait que nous, en tant qu’être humains, nous considérons comme les Grands Maîtres de la Création. Nous sommes plus puissants que tout le reste. Nous devons nous rendre compte que nous sommes à égalité avec les autres espèces et que si demain quelques êtres humains viennent à disparaître, le reste de la planète ne s’en portera pas plus mal ! Par contre si les vers, les fourmis ou si une bactérie disparaissaient de la planète, ça entraînerait de nombreux problèmes. Bref, nous sommes loin d’être l’espèce la plus utile de cette planète : en fait, plus tu te trouves haut dans la chaîne des espèces, plus tu es inutile pour la préservation de la planète. Ce sont donc les petites choses que nous n’apprécions pas beaucoup qui sont primordiales.

Selon nous, nous sommes très intelligents. Si vous regardez attentivement les schémas types de biologie, ceux qui comparent un cerveau de rat, un cerveau de chien, un cerveau de chimpanzé et un cerveau humain, les biologistes vous diront, « Regardez, plus gros est le cerveau, plus il y a de circonvolutions dans le néocortex, plus l’espèce est intelligente ». Bref, le chien est plus intelligent que le rat, le chimpanzé est plus intelligent que le chien et l’humain est plus intelligent que le chimpanzé. Mais pourquoi ne comparent-ils jamais avec un cerveau de dauphin ou d’orque sur ce genre de schéma ? Parce que nous aurions l’air trop stupides ; nous n’aimons pas avoir l’air stupides. La taille du cerveau humain est de 1 700 centimètres cubes. L’orque, le plus gros des dauphins, possède un cerveau de 6 000 centimètres cubes. Le cachalot, lui, a un cerveau de 9 000 centimètres cubes. C’est le plus gros cerveau n’ayant jamais évolué sur cette planète. Nous n’avons jamais voulu l’admettre. On se dit que non, ils ne sont pas vraiment intelligents… Pourquoi ? Parce que pour nous l’intelligence se mesure avec le degré de technologie.

Si un « blob » surgissait d’une navette spatiale muni d’un pistolet laser, là on dirait qu’il est intelligent, « Oh il a un pistolet, une navette spatiale, il est forcément intelligent ! ». Mais nous ne comprenons pas l’intelligence qui ne manipule pas l’environnement. Baleines, éléphants, dauphins sont des intelligences non manipulatrices. Ils n’ont pas besoin de vêtements, de téléphones, de maisons, de regarder la télévision : un dauphin est capable de regarder à travers vous, il peut voir les battements de votre cœur. Les faits nous prouvent que les baleines et les dauphins peuvent s’envoyer des images les uns aux autres. Leur langage a une structure bien plus complexe que le nôtre.

Pourtant certaines personnes feront cette remarque stupide : « Peut-être, mais il ne vont jamais dans l’espace ! » ; et alors ? Qu’est-ce qui nous fait penser qu’aller dans l’espace représente le summum de l’intelligence ? C’est intelligent de vouloir quitter sa planète natale pour aller en ruiner une autre ? Le poète T. S. Elliott a dit que « l’Homme ne cessera jamais d’explorer et le résultat de toutes ces recherches sera d’arriver là d’où il est parti, mais cette fois il saura où il est ».

Les dauphins, les baleines, les éléphants et les autres animaux savent déjà où ils sont, ils n’ont pas besoin d’aller dans un autre système solaire, dans une autre galaxie pour découvrir qui ils sont. C’est le problème des humains. Les humains se justifient en disant que les gros animaux ont des gros cerveaux… Pourtant, les dinosaures étaient très gros et avaient des tout petits cerveaux… La taille du cerveau est ce qui est important. Si vous comparez la taille du cerveau à la taille du corps, la palme reviendrait aux oiseaux, car c’est parmi eux qu’on trouve les espèces ayant le plus gros cerveau par rapport à leur masse corporelle. Mais Nous décidons qui est intelligent et qui ne l’est pas. Si un chien entrait dans cette pièce et s’il pouvait nous parler, il serait capable de nous dire qui était là hier. Son intelligence réside dans son nez. Notre intelligence ne réside pas dans notre cerveau mais dans nos yeux et dans nos mains : c’est ce qui fait ce que l’on est. Je pense que nous ne sommes pas très doués au niveau du cerveau, parce que nous comptons sur notre intelligence collective.

Mettez quelqu’un sur une île déserte et demandez-lui de fabriquer une bicyclette, un flingue ou une fusée : il n’aura aucune idée de comment s’y prendre. Nous avons tous des facultés individuelles mais nous serions incapables de porter la civilisation seuls. Nous sommes complètement dépendants des autres espèces pour survivre alors que nous prenons leur aide pour acquis. Tant que nous n’apprendrons pas à vivre en harmonie avec elles il n’y a pas beaucoup d’espoir pour nous.

Un Paradis

Voilà ce qu’on essaie d’apprendre aux gens : que nous faisons partie de cette planète et qu’il faut arrêter de livrer des guerres contre elle. Nous nous sommes créés plein de fantaisies au sujet de la vie après la mort et de ce qui nous emmènera dans un autre monde : ça nous éloigne de notre planète car nous pensons que nous la quitterons pour aller dans un monde meilleur. Selon nous, nous ne faisons pas vraiment partie de ce monde. Des scientologistes croient que nous sommes arrivés dans des soucoupes volantes qui nous ont déposés et sont reparties. Des gens peuvent trouver ça bizarre mais d’autres croient voir des objets volants avec des gens semblables à des humains à l’intérieur. Il y a un tas de fantaisies auxquelles on croit mais ce que l’on a toujours pas compris, c’est qu’il existe un Paradis et c’est la Terre. Il y a aussi un Enfer. L’Enfer, c’est ce que nous faisons subir à la Terre. La réalité est devant nos yeux.

Quand je vais sur la banquise, tous les ans, là où les phoques se font massacrer, je vois ce Paradis, je vois les nurseries des bébés phoques du Groenland ; je vois comme ils sont beaux, je vois la manière dont leurs mamans prennent soin d’eux ; je vois ces montagnes de glace qui ressemblent à de grandes cathédrales qui plongent sous l’eau, je vois comme les phoques dansent dans l’eau quand ils nagent. Et je vois l’Enfer quand les chasseurs arrivent avec leurs matraques et leurs bateaux pour les massacrer. L’Enfer, ce sont les actes des êtres humains, ce qu’ils font à ce Paradis. » Sea Shepherd France

Traduit par Pamela Carzon et Loïc Saulin.

1) Cassandre - Prophétesse de la ville de Troie que personne ne croit. Cassandre est aimée d’Apollon mais elle se refuse à lui. Furieux, le Dieu, qui ne peut lui retirer le don de voyance qu’il lui avait concédé dans l’aveuglement de son amour, fait en sorte que ce talent reste sans persuasion sur autrui. Elle leur parle en vain du cheval de Troie où sont dissimulés les Grecs et qui causera pourtant leur ruine.