
« Je
suis un interventionniste, pas un protectionniste. Les océans se vident
et ça n’intéresse personne. Mon travail consiste à détruire ce marché hors la
loi. Un activiste doit passer outre ses petits problèmes, son
bien-être et son ambition personnelle. L'ambition peut nuire à la cause défendue. Il ne faut jamais penser au
succès ou à l'échec ».

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Introduction
Paul Watson est considéré mondialement comme l’un des grands
experts de nos océans. Cofondateur de Greenpeace, il quitte l’association en
1977 pour créer la Sea Shepherd Conservation Society dont il est
toujours le président. Sea Shepherd, que l’on peut traduire par « Berger des Mers », sillonne
les mers du globe depuis plus de 25 ans à la poursuite des braconniers,
chasseurs de baleines, pêcheurs au filet dérivant, trafiquants d’ailerons de
requin et tueurs de cétacés. Sea Shepherd mène également de nombreuses campagnes de sensibilisation du public aux
atteintes portées à nos océans. Il s’agit probablement de l'association la plus
efficace sur le terrain. Elle sauve quelques 66 000 phoques en 1983. Paul
Watson et son équipage ont déjà éperonné ou coulé plus d'une vingtaine de
navires. Menacé à plusieurs reprises, Paul continue sa lutte qu'il qualifie de
non-violente. Il créé un commando surnommé Orca Force.
Le 6 février 1980, le célèbre baleinier pirate Sierra est coulé dans le port de
Lisbonne. En août 1980, un chalutier japonais employant des filets dérivants
est endommagé dans le Pacifique Nord. Le 9 novembre 1986, Sea
Shepherd coule deux baleiniers pirates islandais dans le port de Rekjavik.« Il n'y a jamais eu de dommages
corporels » explique Paul Watson. « Je ne viole pas les lois, je veux au contraire
les faire respecter ». Les cibles principales de Sea Shepherd sont le Danemark, l'Islande, le Canada, la Norvège, Taiwan mais surtout le
Japon, autorisé à capturer des centaines de rorquals chaque année pour des raisons « scientifiques ». « C'est comme les ailerons de requins, on les retrouve dans les
assiettes des restaurants chics de l'archipel. Tout le monde le sait, mais
personne n'agit ».
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En 2003, quatre membres de l'organisation, dont Allison, la femme
de Paul, ont fait le voyage jusqu'au Japon pour libérer une quinzaine de
dauphins. Plus de 22 000 dauphins et marsouins
sont en effet massacrés chaque année lors de carnages commandités par
l’industrie des delphinariums et le marché japonais (photo ci-contre). Le Japon a déjà poussé
vers l’extinction beaucoup d' espèces de cétacés dans le Pacifique Nord.
Sea Shepherd regroupe aujourd'hui plus de 35 000 membres
donateurs. A Hollywood, Pierce Brosnan, Steven
Seagal, Martin Sheen, Richard Dean Anderson et William Shatner en font partie. Paul Watson donne des
conférences dans des universités aussi prestigieuses que UCLA (University of
California, Los Angeles) et a été professeur d’écologie à Pasadena. En 2000, le Time l’a consacré héros de la protection de l’environnement du 20eme
siècle. La ville de Saint Jean Cap-Ferrat l’avait déjà fait citoyen d’honneur
en 1996. Matthieu Mauvernay. |
Discours du 8 Janvier 2005
Etat des Lieux
« J’arrive aujourd’hui du Sénégal où j’ai
rencontré le président Wade, à Dakar ; il nous a invité afin que nous
discutions d’un moyen de protéger les eaux de son pays des pêches illégales qui
s’y déroulent. C’est une situation bien étrange, car nous sommes considérés
comme des pirates et les gouvernements nous demandent de
l’aide pour réparer leur ingérence. Aujourd’hui tout est en train de s’effondrer
et c’est à nous de réparer les dégâts.
Tout au long du 20eme siècle, les pêcheries
humaines ont détruit 90% des poissons. En ce moment nous sommes préoccupés par la
tragédie qui s’est déroulée dans l’océan Indien, le tsunami. Mais j’aimerais
que vous réalisiez que chaque jour une catastrophe équivalente se déroule dans
les océans. D’énormes chalutiers, les filets dérivants, les pêches à la traîne détruisent les fonds marins, dévastant les
poissons, les invertébrés. Les
êtres humains représentent un tsunami quotidien pour nos océans et les
créatures qui le peuplent. Le degré de destruction est incroyable mais nous
n’en sommes pas conscients. Nous n’y pensons même
pas. Nous voyons le poisson dans les restaurants, un point c’est tout. Pourtant le problème
est tellement grave que nous en sommes arrivés à la limite d’un désastre
écologique marin.
Quand nous parlons de ça, tout le monde s’exclame
« Oh mais vous êtes vraiment des fatalistes, vous voyez le mal partout » ;
aux Etats-Unis on compare ironiquement les écologistes à Cassandre (1) parce que
nous ne parlons que de choses tristes et glauques. Mais ce que les gens ont
oublié, c’est que Cassandre avait raison ! Et ça ils n’y réfléchissent
pas. Aujourd’hui on remarque qu’avec la disparition du poisson, l’être humain
accuse tout le monde sauf lui-même. « C’est le temps, les
extra-terrestres, les dauphins, les oiseaux de mer ; si on les tue, le
poisson reviendra. »
Le problème est qu’aucun scientifique ne se penche vraiment
sur la question : nous n’avons plus que ce que nous appelons des
« bio-institués ». Les bio-institués ne sont rien de plus que des
prostitués qui vendent leur science aux gouvernements. Et pour cette raison
ils se débrouillent pour tout justifier, jusqu’à l’anéantissement. Il y a quelques années, je discutais avec un
scientifique canadien et je lui disais « Dans trois ans, le saumon chinook
va disparaître ». Il m’a regardé et a répondu « Watson, vous ne savez
vraiment pas de quoi vous parlez, les meilleurs scientifiques du monde bossent
sur le sujet ; vous racontez vraiment n’importe quoi, mais alors n’importe
quoi ! ». Effectivement je racontais n’importe quoi, le saumon s’est
éteint dès l’année suivante. Un an, pas trois.
Les gouvernements ne
sont pas là pour aider les gens, ni pour aider l’environnement ; ils sont
là pour aider les grandes entreprises. Et dans ce cas-là, les grandes
compagnies de pêche. Si les gouvernements ne font rien de sérieux pour protéger
les océans, ils vont mourir. Jacques Cousteau a dit, avant de s’éteindre
« Les océans sont en train de mourir et tout ce que les flottes militaires
trouvent à faire, c’est jouer à la bataille navale. C’est tout
ce qu’ils savent faire. S’il n’avaient qu’une once de responsabilité, ils
utiliseraient leurs compétences pour protéger les océans de ce qu’ils, de ce
que nous leur faisons subir. »

Passage à l'Acte
Ce n’est pas une tâche facile mais au fil des
ans j’ai remarqué que nous sommes passés, dans l’esprit des gens, du stade de
radicaux au stade de conservateurs. Imaginez, au 17eme siècle, il y avait des
pirates partout dans les Caraïbes. Ce ne sont ni les Britanniques, ni les
Espagnols qui les stoppèrent ; ils étaient bien trop occupés à récupérer les
pots-de-vin. Le fameux capitaine britannique Nelson n’a même pas pu sortir du
port, en Jamaïque, parce que les commerçants le poursuivaient afin de
l’empêcher d’aller faire des affaires avec les pirates. Finalement la piraterie
a vu sa fin avec l’arrivée du pirate Henry Morgan.
Donc, si vous voulez arrêter des pirates, vous
aurez besoin de pirates, pas de gouvernements. L’anthropologue Margaret Mead a
dit un jour « Ne comptez jamais sur les gouvernements ou les institutions
pour régler un problème d’ordre social ; ils ne l’ont jamais fait, ils ne
le feront jamais ». Tous les grands changements sociaux découlent de la
passion et de l’activisme d’individus ou de groupes d’individus. C’est ce qui
fait la différence. L’esclavage n’a pas été aboli grâce au président Abraham
Lincoln, mais grâce à des gens persécutés à qui le gouvernement a ensuite
volé le mérite. La même chose s’est produite pour le mouvement des femmes.
Elles étaient persécutées et le gouvernement n’a fait que reprendre ce qu’elles
avaient créé. Chaque acquis est la conséquence d’une lutte acharnée. Avec Sea
Shepherd, nous essayons d’encourager les gens à comprendre que chacun de nous a
le pouvoir de faire basculer l’ordre des choses, en ayant le courage de
s’insurger contre ce qui nous révolte ; le résultat peut être infime ou conséquent.
En 2003, les Japonais ont
capturé quinze dauphins qu’ils comptaient tuer. Ma femme Allison et Alex, un
membre hollandais, ont sauté dans l’eau, coupé les filets et relâché les
dauphins. Ils se sont faits arrêter et ont passé trois semaines en prison pour
ça. Mais qu’est-ce que trois semaines comparées à la vie de quinze
dauphins ? A moins que nous soyons résolus à nous battre
pour ces espèces et l’environnement, nous ne risquons pas de gagner ou de faire
avancer les choses. Nous devons être capables de nous lever et de combattre.
De la Valeur des Choses
Rien dans la Nature n’est considéré comme sacré par les êtres humains. L’Humain est
une espèce incroyablement violente, qui passe son temps à justifier cette
violence. Nous sommes prêts à tuer pour protéger une chose à laquelle nous croyons.
Nous avons des valeurs, principalement la religion, et le meilleur moyen
d’illustrer ceci est de s’imaginer se promenant dans la Mecque, de se rendre à
la Pierre Noire et de cracher dessus. Vos chances de sortir vivant
de la ville sont très minces. Pourquoi ? Parce que vous avez sali quelque
chose de sacré. Maintenant, promenez-vous dans Jérusalem, une grande hache sur
vos épaules ; allez jusqu’au Mur des Lamentations et commencez à vous
creuser un passage. Vous allez être massacré par les soldats israéliens et tout
le monde dira que vous l’avez mérité. Vous avez attaqué quelque chose de sacré.
Enfin, allez à Rome et défoncez la Pietà à coup de masse puis déchirez la photo
du Pape au-dessus des ruines. Les gens vous haïront
pour ça. Parce
que c’est un lieu saint...
Pourtant, chacun de nous évolue dans les plus
belles cathédrales du monde : la forêt Redwood en Californie, la forêt vierge
d’Amazonie, la Grande Barrière de Corail d’Australie, que nous détruisons à
coup de tronçonneuses, de chaluts, de bulldozers. Et comment les gens se
révoltent-ils contre ça ? Ils écrivent des lettres, ils brandissent des
pancartes, ils ne font pas grand-chose en définitive. Ils ne font rien parce
que tout ça ne fait pas vraiment partie de leur petit monde. La religion fait
partie de leur monde, l’architecture fait partie de leur monde, les
divertissements font partie de leur monde. Pas
les dauphins. Pas les arbres. Au final, nous sommes prêts à tuer des centaines de
milliers d’innocents pour protéger le puits de pétrole d’un riche homme
d’affaire mais nous ne sommes pas prêts à nous révolter pour protéger les
baleines. Un reporter m’a déjà demandé, « Comment
pouvez-vous risquer votre vie pour protéger une baleine ? » Et si
nous parlions d’un soldat en Iraq, comment peut-il risquer sa vie pour protéger
un puits de pétrole ? On ne pose jamais cette question parce qu’au nom du
patriotisme on donne une médaille et ça justifie tout.

Il y a quelques années, au Zimbabwe,
un ranger a abattu un braconnier qui était sur le point de tuer un Rhinocéros
noir. Des associations représentantes des Droits de l’Homme se sont écriées
« Comment a-t-il osé faire ça ? Tuer un être humain pour protéger un
animal, c’est inacceptable ! ». La réponse du ranger parue dans le Time Magazine « Je ne comprends pas ; si j’avais été un officier de
police et que j’avais tiré dans la tête d’un homme s’enfuyant d’une banque avec
un sac rempli de billets, j’aurai été considéré comme un héro. Un sac rempli de
papier est donc plus important que la vie de l’un des derniers représentants de
la faune du Zimbabwe ? » Pourquoi ? Parce que nous vivons dans une
société hypocrite. Qui plus est, nous vivons dans une société
dont la culture est dominée par les médias. Les médias nous disent quoi penser,
comment nous habiller, comment vivre. Ils nous dictent notre conduite et ont
peu de considération pour la Nature.
Par exemple, aux Etats-Unis, la chaîne CNN m’avait demandé, il y a quinze
ans, de les conseiller pour la production d’une série de dessins animés, Captain
Planet. Captain Planet et les Planeteers protègent la Terre. J’occupais
le poste de conseiller jusqu’à ce que je fasse l’erreur de donner quelques
conseils ! Ils ont diffusé l’extrait d’un épisode à 500 écoliers lors d’un
festival du film sur l’environnement ; dans l’extrait, on voyait Captain
Planet détruire des filets et des bateaux pour protéger des baleines, des
dauphins et des phoques. La productrice a demandé si quelqu’un avait une
question. J’ai pris la parole, « Barbara, sur les extraits, on voit Captain
Planet et les Planeteers aller à l’encontre de la loi en détruisant
la propriété d’autrui pour protéger des baleines, des dauphins, des phoques et
des oiseaux de mer ; personnellement je suis d’accord ; là vous êtes
en train de dire à ces enfants qu’il n’y a pas de problème, que c’est cool de
détruire le bien d’autrui pour protéger l’environnement ; là aussi je suis
d’accord. Mais pourquoi, lorsque nous grandissons pour devenir adultes et que nous
agissons comme Captain Planet, votre chaîne de télévision, CNN, nous
traite-t-elle d’écoterroristes ? Pourquoi dites-vous à ces enfants que la
solution se trouve dans des actions que vous ne soutiendrez
jamais ? » Nous nourrissons les enfants d’illusions. C’est
ce que font les médias, ils ne donnent aucune solution concrète. Un des plus
gros problèmes est donc de sensibiliser les gens au sort de l’environnement.
L'Oeil du Cachalot
J’ai été sensibilisé et je me suis impliqué
dans l’activisme quand j’avais neuf ans. Je vivais alors dans un village de
pêcheurs, dans l’est canadien. Durant un été, mon meilleur ami fut un castor;
je passais tout mon temps à nager et à jouer avec lui. L’été suivant, quand je
suis revenu, mon ami avait disparu. J’ai demandé ce qui était arrivé, on m’a
répondu que des trappeurs étaient venus et avaient capturés tous les castors. Ca
m’a mis très en colère. J’étais membre d’un groupe, le Kindness Club : être gentil avec les animaux. Je suis devenu « le tueur à
gages » du Kindness Club. Avec mon frère et ma sœur, j’ai commencé en
libérant les animaux pris dans les pièges et à détruire les pièges. A douze ans
j’ai tiré dans les fesses d’un gars avec un pistolet à billes. Beaucoup plus
tard, le gouverneur de Washington a dit qu’on pouvait mettre en évidence la
folie de Paul Watson par le fait qu’à douze ans il a tiré dans les fesses d’un
gamin pour sauver un oiseau. J’ai répondu qu’à cette époque, dans mon village,
tous les gamins de mon âge se tiraient dessus avec des pistolets à billes et
qu’au moins, moi, j’avais eu une bonne raison pour tirer !
Mais la chose qui a complètement changé ma
vie, c’était en 1975, durant la première mission de Greenpeace pour sauver les
baleines. Nous sommes tombés sur un baleinier soviétique à 100 kilomètres au
large du nord de la Californie. A cette époque nous lisions beaucoup d’écrits
de Gandhi et nous avions eu l’idée de nous poster entre le harpon et les
baleines en pensant que les Russes ne tireraient pas. Ce qui a fonctionné entre
Gandhi et les Anglais n’était plus d’actualité avec les Russes… Nous avons mis le Zodiac entre le navire et le
groupe de baleines. La mer était agitée. Le capitaine du baleinier est venu
près du harponneur, nous a regardé et a fait signe qu’il nous trancherait la
gorge s’il le fallait. Juste après nous avons entendu une explosion et senti le
harpon voler au-dessus de nos têtes pour se planter dans le dos d’une des
baleines, une femelle grand cachalot. Elle a hurlé ; je n’avais jamais imaginé
qu’une baleine pouvait crier, mais ça ressemblait à un cri humain, un cri de
femme.
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Le sang et la graisse se sont mis à couler
dans la mer et d’un seul coup la plus grosse des baleines, un gros mâle, a
disparu sous l’eau en claquant sa queue à la surface. Tous les experts nous
avaient dit que la baleine nous attaquerait si elle était blessée, pour
défendre sa famille. De plus, nous nous trouvions sur un petit bateau : nous
attendions donc que la baleine nous attaque. D’un seul coup, j’ai vu l’eau se soulever derrière
nous et la baleine émerger droit vers le harponneur pour essayer de l’attaquer.
Le harponneur avait déjà mis un deuxième harpon et tira dans la tête du
cachalot. Le harpon explosa, le cachalot hurla et retomba dans une
gerbe d’écume. Il y avait du sang partout. Alors qu’il se débattait dans l’eau, j’ai pu
voir son œil. Il a disparu de nouveau mais je pouvais le voir sous l’eau qui
fonçait droit sur nous en semant des bulles de sang. Il a émergé en arrivant
sur nous, prêt à retomber sur notre Zodiac.
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J’ai tendu la main pour me protéger, je
n’étais qu’à quelques centimètres de sa mâchoire. J’ai regardé dans son œil,
qui était aussi gros que mon poing : ce que j’y ai vu a changé ma vie car
cette baleine avait compris ce que nous tentions de faire. Au lieu de nous tomber
dessus elle a utilisé ses dernières forces pour nous éviter. J’ai vu son œil
disparaître sous l’eau puis elle est morte. Je considère que j’ai une dette envers cette
baleine car je serais mort si elle n’avait pas choisi de nous épargner. J’ai
ressenti de la pitié à ce moment-là, pas pour le cachalot mais pour
nous-mêmes, comment pouvons-nous faire ça ? Commettre un acte aussi
horrible ? Pour quelle raison ? Pourquoi les Russes massacrent-ils
les baleines ? Pas pour la nourriture mais pour le spermaceti,
huile très fine que l’on utilise dans la mécanique de haute précision. Et l’une
de ces utilisations est la fabrication des missiles intercontinentaux. Nous
sommes donc en train d’exterminer ces magnifiques créatures, si intelligentes, afin
de fabriquer des armes destinées à tuer des humains par millions… C’est devenu très clair pour moi : notre
espèce est folle à lier. C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé de
passer ma vie à protéger le plus de baleines possibles et peu importe ce qu’en
pensent les gens.
La Sixième Extinction
En 1986, après qu’on ait coulé la moitié de la
flotte baleinière islandaise et détruit les plans de campagne des chasseurs, un
ancien collègue de Greenpeace est venu me voir pour me dire « Je veux
juste te dire qu’il n’y a pas de mot pour décrire ce que tu as fait, c’est
répréhensible, criminel et impardonnable ! » ; j’ai dit
« Et alors ? », il a répondu « Tu devrais savoir ce qu’on
en pense ! » et j’ai conclu « Je m’en fous, c’est pas pour vous
que j’agis, pour aucun humain sur cette planète mais pour les baleines. Trouve-moi
une seule baleine qui n’approuve pas ce qu’on a fait et je te promets que je ne
le referai plus jamais ! » . C’est là que nos opinions divergent.
J’ai toujours voulu protéger les baleines parce que ce sont des baleines, les
poissons parce que ce sont des poissons, les phoques parce que ce sont des
phoques et je ne le fais pas pour les gens. J’ai beaucoup été critiqué pour ça,
je suis considéré comme un misanthrope ; les gens disent que je n’aime pas les
humains. La vérité c’est que je n’aime pas les humains ! J’aime les gens
en tant qu’individus mais notre espèce est totalement irresponsable. Et personne
n’ose parler de ce problème.
L’année où je suis né, en 1950, nous étions
trois milliards d’êtres humains ; aujourd’hui, nous sommes 6,4
milliards : la population a doublé en une moitié de siècle ! Quand cela
va-t-il s’arrêter ? C’est la question que nous devons nous poser. Nous
payons le prix de l’augmentation de nos populations par la disparition de tout
le reste. Nous vivons au cœur de la plus grande série d’extinctions depuis la
disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années. Il y a eu cinq
extinctions majeures dans l’Histoire du Monde, nous vivons actuellement en
plein cœur de la sixième. Entre 1980 et 2045, c’est-à-dire en 65 ans,
nous allons perdre plus d’espèces animales et végétales que la Terre n’en a
perdu en 65 millions d’années. Cette extinction de masse n’est que la
conséquence de nos actes. En augmentant le nombre d’êtres humains sur cette
planète nous volons l’espace d’autres créatures qui n’ont plus qu’à
disparaître. Nous remplaçons la qualité de vie par la quantité d’êtres humains.
Malheureusement nous nous adaptons à la
pénurie de nos ressources.

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En 1965, si je vous avais dit qu’au 21eme siècle on
achèterait notre eau en bouteille et qu’elle coûterait plus cher que la même
quantité d’essence, les gens auraient répondu « Vous êtes tarés, on n’achètera
jamais de l’eau en bouteille ! ». Nous nous sommes adaptés et
maintenant nous achetons tous des bouteilles d’eau ! En 1965, personne n’achetait
d’eau en bouteille ! Aujourd’hui, que voit-on sur le menu des
restaurants parisiens ? Du turbot !
Il y a vingt ans, le turbot était considéré comme non comestible. Ce n’est pas
très respectueux envers le poisson mais à l’époque personne n’en aurait
mangé ; aujourd’hui c’est ce qu’on trouve dans nos assiettes ! Pourquoi ?
Parce que toutes les espèces comestibles ont été victimes de la surexploitation
et ont disparu : du coup, on s’est adaptés. En ce qui concerne le crabe,
nous n’en achetons plus, nous achetons de la chair de poisson que l’on coupe en
morceaux et auquel on ajoute la couleur et l’odeur du crabe. Les gens en
mangent, croyant manger du crabe ! Nous nous adaptons à la disparition des
ressources et c’est un problème, nous sommes très doués pour nous adapter. En
revanche, nous sommes incapables de nous projeter dans le futur ou bien de
nous rappeler comment les choses étaient auparavant, il y a des mois, des années
ou même des siècles.
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J’ai l’habitude de demander aux gens quel
était le nom de leur arrière arrière arrière arrière arrière arrière
grand-mère, celle qui vivait en 1500. Quel était son nom ? Personne n’est
vraiment capable de répondre. Quelques personnes sont susceptibles de répondre,
mais très peu. De toute façon on s’en fiche. Maintenant, allez en Australie et demandez à
un Aborigène, comment elle s’appelait. Il vous le dira et vous racontera des
épisodes de son existence car ces choses sont transmises de génération en
génération. Pourquoi ? Parce qu’il sait d’où il vient. Et parce qu’il sait
d’où il vient, il sait qui il est. Et parce qu’il sait qui il est, il sait où
il va. Les Iroquois d’Amérique du Nord avaient un
proverbe, « Ne prends jamais de décisions sans prendre en compte leurs
conséquences sur les sept générations à venir». Quels seront les effets de notre comportement
sur les générations à venir ? Nous ne nous en soucions pas.
Lois de l'Ecologie & Guerres de Ressources
Un jour j’ai conseillé à un pêcheur, « Si
tu ne vois pas d’autres raisons, protège au moins les poissons pour tes
enfants ! Comme ça ils pourront aller pêcher ! » Il a
répondu « Oh tu sais, dans cinq ans j’aurai fini de payer ma maison ;
après ça le monde peut bien s’écrouler ! » ; « Pourquoi
as-tu eu des enfants ? » ; « Ben c’est comme ça que ça doit
être ! ». Très peu de gens réfléchissent au pourquoi du
comment, pour quelle raison font-ils des enfants ? Ils le font juste parce
que c’est comme ça que ça doit être ! C’est pour cette raison qu’il y a tant
de problèmes dans le monde, tant d’enfants non désirés, aucune raison valable n’a
motivé leur venue au monde. Encore une fois c’est parce que nous avons
perdu nos racines ancestrales. Il y a des lois naturelles basiques à
suivre ; chaque espèce se doit de suivre ces lois si elle veut survivre
sur la planète. En 3,5 milliards d’année d’Histoire Naturelle, on a pu constater
que toutes les espèces qui n’ont pas respecté ces lois se sont éteintes. Nous pensons être les créatures les plus
abouties de l’Evolution mais nous violons ces lois.
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La première loi est la loi de la Biodiversité :
la force d’un écosystème réside dans la diversité des espèces qui le compose. La
forêt vierge est un écosystème plus fort que la forêt boréale du Canada. Plus
de diversité, plus de force. La deuxième loi est la loi de l’Interdépendance :
Toutes ces espèces ont besoin les unes des autres pour bien vivre. Si vous
arrachez un arbre vous verrez que tous les autres arbres y sont liés. Une des expériences que je propose à mes
étudiants est celle-ci : si vous avez le choix entre sacrifier un être
humain ou une espèce de bactérie, que choisissez-vous ? Laisser vivre
l’humain et anéantir la bactérie ? Ou tuer l’humain pour préserver la
bactérie ? Le choix est plus simple lorsque l’on prend un bébé humain. Un
bébé humain très craquant, un petit bout de chou. On tue le bébé pour protéger
la bactérie ? On détruit la bactérie pour protéger le mignon petit bébé ?
Quand je demande cela à mes étudiants, ils me répondent qu’ils sauveraient la
vie d’un humain plutôt que celle d’une quelconque bactérie. Mais quand je leur
explique que cette même bactérie est la microflore qui vit dans nos intestins
et qui nous permet de digérer nos aliments, illustrant ainsi la loi de l’interdépendance,
ils réalisent en quoi consiste ce lien étroit. En sauvant la vie d’un seul
humain, ils condamnent l’humanité toute entière. Pourquoi ? Parce qu’ils
n’ont pas tenu compte de cette loi de l’interdépendance. La troisième loi est celle des Ressources
finales : Il y a une limite à la croissance car il y a une limite aux
ressources. Nous avons atteint les limites des ressources marines, les limites
des ressources pétrolières et bientôt nous arriverons aux limites des
ressources d’eau. Le 21eme siècle sera un siècle de guerres d’appropriation des
ressources. Ca a déjà commencé, nous le voyons actuellement. Je n’ai pas à vous le dire, vous n’êtes pas
Américains donc vous ne croyez pas à cette supercherie.
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Les Américains sont très
têtus quand il s’agit de cela mais la guerre en Iraq n’est qu’une guerre pour
le pétrole. Ca n’a rien à voir avec la démocratie ou la liberté, juste le
pétrole. La chose est ce qu’elle est, une guerre de ressource ! D’ici 20 ans il y aura des guerres pour l’eau.
Il y aura des guerres pour accéder à l’Antarctique. Je pense qu’il y aura une
guerre entre les Etats-Unis et le Canada parce que les Etats-Unis vont dire au
Canada, « Nous voulons votre eau », et le Canada va répondre « Non » ;
les Etats-Unis vont rétorquer « Ok, on va venir la chercher
nous-mêmes ». Comment pouvons-nous être si sûrs de cela ?
Il y a deux ans, une panne d’électricité est survenue en Californie. Elle
réclama alors à l’Oregon et à Washington d’ouvrir leurs barrages pour avoir de
l’électricité, tuant ainsi tous les poissons. L’Oregon et Washington n’avaient
pas le choix, ils le firent car la Californie est plus puissante. Il arrivera
la même chose entre les Etats-Unis et le Canada et le Canada a intérêt à
accepter ou les Etats-Unis leur déclareront la guerre. Voilà en quoi consistent
ces guerres de ressources.
Poissons & Boucs Emissaires
Les braconniers sévissent maintenant dans des
zones protégées, voilà pourquoi nous laissons un de nos navires aux Galápagos où
nous travaillons de pair avec le Galápagos National Park. Avant notre arrivée
le nombre d’arrestations était nul : nous avons jusqu’à maintenant arrêté 45
navires. Le gouvernement équatorien ne fait rien si ce n’est
récupérer les pots-de-vin. Nous sommes dans une situation assez ironique car
nous fournissons le bateau pour les gardes-côtes.
Quand nous étions là-bas, la NAVY équatorienne
est venue nous chasser des eaux territoriales : des caporaux sont montés à
bord de notre navire pour nous prévenir que leur capitaine, ranger du parc,
nous ordonnait de quitter les eaux. Je leur ai répondu « C’est le directeur
du parc qui veut que nous restions ! Le pauvre capitaine veut que nous
partions, le directeur national veut que nous restions... Retournez voir
votre capitaine et dites-lui que je reçois mes ordres du directeur du parc, pas
d’un pauvre capitaine de la NAVY ». Avant que nous n’arrivions aux Galápagos
personne n’osait dire que la NAVY était corrompue, personne n’osait même
employer le mot corruption. Depuis que nous sommes là tout le monde parle
de corruption.
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Il y a quelques années, j’ai été conduit dans le bureau du pauvre capitaine. Il m’a dit « Je n’aime pas ce qu’il y a sur votre
site web, enlevez-le ! » ; j’ai demandé « Pourquoi, c’est
faux ? », il a répondu « Non, ça embarrasse la NAVY, vous
l’enlèverez ! » ; « Non, je ne le retirerai
pas ! » ; « Vous le retirerez où vous irez en
prison ! » ; « Pourquoi ? Quelles sont les
charges ? Vous pouvez peut-être faire ce genre de chantage aux gens du
coin mais ça ne marchera pas avec moi ! Alors mettez-moi en prison, je ne
retirerai rien ! ». Bien sûr c’était du bluff, il a fini par m’ordonner
de déguerpir. Le fait est que personne n’avait osé les défier avant nous. Et pourtant le problème est de plus en plus grave. Depuis que le poisson a disparu le long des côtes équatoriennes, tous les
pêcheurs vont se ravitailler dans la réserve marine naturelle des Galápagos. Il
y a 15 ans, la population était de 5 000 habitants, maintenant ils sont
30 000. |
Ces gens réclament du poisson, la pêche doit se développer pour
eux. Ils veulent construire des hôtels
de luxe, développer le tourisme, la pêche au gros comme sport, l’extermination
des requins… Bref, nous nous battons contre la pression économique. Se faire de
l’argent, les gens ne voient pas plus loin que ça. Tout le monde se dit que tant qu’on peut se
faire de l’argent aujourd'hui on se fout de savoir ce qui peut arriver dans 20
ans. Le problème c’est qu’il n’y aura plus rien dans 20 ans. On pourrait aussi
appeler ça la « tragédie populaire ». Imaginez un pêcheur portugais
qui arrive à Terre Neuve : il y voit un chalutier canadien ou russe et se dit,
« Si je ne pêche pas ce poisson, les Canadiens ou les Russes vont de toute
manière le faire à ma place donc autant que je me fasse de l’argent en le
pêchant ! ». Ce pêcheur sait que les populations
disparaissent, pourtant il pêche. Nous participons volontairement à
l’extinction des espèces et nous nous y adaptons, nous nous justifions : nous
sommes très doués pour trouver des justifications…
Il y a trop de gens et pas assez de poissons.
Trop de gens et pas assez de tout le reste. Tant que nous ne nous rendrons pas
à l’évidence nous gâcherons notre temps. La fin se rapproche. En 1972, j’ai
participé à la conférence sur l’environnement des Nation Unies à Stockholm. L’ordre
du jour concernait les solutions pour contrôler l’accroissement des populations
humaines. En 1992 j’ai participé à la conférence de Rio de Janeiro. Le problème
n’était plus programmé, personne n’en a parlé. Il a subitement disparu.
Personne ne voulait offenser la population catholique brésilienne, personne ne
voulait offenser le Pape. Donc nous n’en avons pas parlé… Comment voulez-vous
résoudre un problème si vous n’en parlez pas ?
Donc, quand il n’y a plus de poissons, on
trouve des boucs émissaires : 22 000 dauphins massacrés au Japon
chaque année. Le Canada tue plus de phoques aujourd’hui qu’il n’en a
massacré durant toute son histoire. Le quota est de 350 000 phoques à exterminer : il n’a jamais été
aussi élevé. L’objectif, détruire les phoques. Le ministre des ressources
canadien a déclaré, « Il y a 6 millions de phoques là-haut (en
réalité il n’y en a pas tant mais c’est assez intéressant qu’il ait choisi ce
nombre là), il y a 6 millions de phoques, je me fous de la manière dont vous le
faites, mais tuez-les, brûlez-les, détruisez-les, moins il n’y en aura mieux je
me porterai. » Ceci est une citation d’un politicien canadien…
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Les massacres de globicéphales noirs aux
îles Féroé (Danemark) sont toujours d'actualité. 3 000 dauphins tués chaque année. Pour le
sport ! Parce que « Dieu leur a donné les dauphins » ! Quand
j’ai discuté avec le Premier Ministre local je lui ai demandé, Bible à l’appui,
de m’expliquer où il lisait que Dieu leur a donné ces dauphins.
« Mais où donc Dieu a-t-il mentionné qu’il donnait ces dauphins aux
habitants des îles Féroé ??? Selon l’Ancien Testament, vous n’avez pas le
droit de manger un animal possédant des nageoires ou des écailles. Donc, selon
l’Ancien Testament, manger des cétacés est une abomination ! ». Mais
là encore, nous sommes doués pour justifier ce qui nous arrange. La Bible
permet de justifier le Bien ou le Mal, au choix.
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Les Norvégiens continuent à massacrer
des phoques et des baleines, les Islandais, sous la pression économique, ont
repris la chasse à la baleine ; les Japonais, quant à eux, massacrent
tout : phoques, baleines, dauphins, poissons, tortues de mer… Ce sont les plus
grands massacreurs. L’un des marchés engendrés au Canada par le massacre des
phoques est la vente de pénis de phoques. Le gouvernement canadien dépense 3
millions de dollars pour envoyer une délégation en Chine afin de les convaincre
que ce dont ils ont vraiment besoin, c’est de pénis de phoques. Pas de viagra,
juste des pénis de phoques… Séché, tu le mets dans ton thé et tu auras une
érection d’enfer ! Le Canada est devenu l’un des fournisseurs principaux
de potions sexuelles vaudoues en Asie ! Il s’agit bien entendu d’une justification
pour éradiquer les phoques...
Et pour vous montrer à quel point nous sommes
stupides, la réalité est toute autre : si nous voulons plus de poissons,
nous avons besoin de plus de phoques et de dauphins. Quand Jacques Cartier
arriva sur les côtes du Canada, il ne manquait de rien et certainement pas de
poissons. Pourtant il y avait 45 millions de phoques à cette époque sur la seule
côte est du Canada. Cartier a même dit qu’il suffisait de mettre un panier à
l’eau et de le ressortir pour qu’il soit plein de poissons. Comment, avec 45
millions de phoques, pouvait-il y avoir autant de poissons, d’autant plus que
les quelques 2 millions de phoques qu’il reste aujourd’hui sont accusés de tout manger ? Prenons l’exemple de la morue : le phoque mange les prédateurs
de la morue, donc moins de prédateurs il y a, plus de morues il y a.
Question d'Intelligences
Un autre problème, et pas des moindres, est le
fait que nous, en tant qu’être humains, nous considérons comme les Grands
Maîtres de la Création. Nous sommes plus puissants que tout le reste. Nous devons nous rendre compte que nous sommes
à égalité avec les autres espèces et que si demain quelques êtres humains viennent
à disparaître, le reste de la planète ne s’en portera pas plus mal ! Par
contre si les vers, les fourmis ou si une bactérie disparaissaient de la
planète, ça entraînerait de nombreux problèmes. Bref, nous sommes loin d’être
l’espèce la plus utile de cette planète : en fait, plus tu te trouves haut dans
la chaîne des espèces, plus tu es inutile pour la préservation de la planète. Ce
sont donc les petites choses que nous n’apprécions pas beaucoup qui sont
primordiales.
Selon nous, nous sommes très intelligents. Si
vous regardez attentivement les schémas types de biologie, ceux qui comparent
un cerveau de rat, un cerveau de chien, un cerveau de chimpanzé et un cerveau
humain, les biologistes vous diront, « Regardez, plus gros est le cerveau,
plus il y a de circonvolutions dans le néocortex, plus l’espèce est
intelligente ». Bref, le chien est plus intelligent que le rat, le
chimpanzé est plus intelligent que le chien et l’humain est plus intelligent
que le chimpanzé. Mais pourquoi ne comparent-ils jamais avec un
cerveau de dauphin ou d’orque sur ce genre de schéma ? Parce que nous
aurions l’air trop stupides ; nous n’aimons pas avoir l’air stupides. La
taille du cerveau humain est de 1 700 centimètres cubes. L’orque, le plus gros
des dauphins, possède un cerveau de 6 000 centimètres cubes. Le cachalot, lui, a
un cerveau de 9 000 centimètres cubes. C’est le plus gros cerveau n’ayant jamais
évolué sur cette planète. Nous n’avons jamais voulu l’admettre. On se dit que non,
ils ne sont pas vraiment intelligents… Pourquoi ? Parce que pour nous
l’intelligence se mesure avec le degré de technologie.
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Si un « blob »
surgissait d’une navette spatiale muni d’un pistolet laser, là on dirait qu’il
est intelligent, « Oh il a un pistolet, une navette spatiale, il est
forcément intelligent ! ». Mais nous ne comprenons pas l’intelligence qui
ne manipule pas l’environnement. Baleines, éléphants, dauphins sont des
intelligences non manipulatrices. Ils n’ont pas besoin de vêtements, de
téléphones, de maisons, de regarder la télévision : un dauphin est capable
de regarder à travers vous, il peut voir les battements de votre cœur. Les
faits nous prouvent que les baleines et les dauphins peuvent s’envoyer des
images les uns aux autres. Leur langage a une structure bien plus complexe que
le nôtre.
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Pourtant certaines personnes feront cette remarque stupide : « Peut-être, mais
il ne vont jamais dans l’espace ! » ; et alors ? Qu’est-ce
qui nous fait penser qu’aller dans l’espace représente le summum de
l’intelligence ? C’est intelligent de vouloir quitter sa planète natale pour
aller en ruiner une autre ? Le poète T. S. Elliott a dit que « l’Homme
ne cessera jamais d’explorer et le résultat de toutes ces recherches sera
d’arriver là d’où il est parti, mais cette fois il saura où il est ».
Les dauphins, les baleines, les éléphants et
les autres animaux savent déjà où ils sont, ils n’ont pas besoin d’aller dans
un autre système solaire, dans une autre galaxie pour découvrir qui ils sont. C’est
le problème des humains. Les humains se justifient en disant que les gros
animaux ont des gros cerveaux… Pourtant, les dinosaures étaient très gros et avaient
des tout petits cerveaux… La taille du cerveau est ce qui est important. Si
vous comparez la taille du cerveau à la taille du corps, la palme reviendrait
aux oiseaux, car c’est parmi eux qu’on trouve les espèces ayant le plus gros
cerveau par rapport à leur masse corporelle. Mais Nous décidons qui est intelligent et qui
ne l’est pas. Si un chien entrait dans cette pièce et s’il pouvait nous parler,
il serait capable de nous dire qui était là hier. Son intelligence réside dans
son nez. Notre intelligence ne réside pas dans notre cerveau mais dans nos
yeux et dans nos mains : c’est ce qui fait ce que l’on est. Je pense que nous ne sommes pas très doués au
niveau du cerveau, parce que nous comptons sur notre intelligence collective.
Mettez quelqu’un sur une île déserte et demandez-lui de fabriquer une
bicyclette, un flingue ou une fusée : il n’aura aucune idée de comment
s’y prendre. Nous avons tous des facultés individuelles mais nous serions
incapables de porter la civilisation seuls. Nous sommes complètement dépendants des autres
espèces pour survivre alors que nous prenons leur aide pour acquis. Tant que
nous n’apprendrons pas à vivre en harmonie avec elles il n’y a pas beaucoup
d’espoir pour nous.
Un Paradis
Voilà ce qu’on essaie d’apprendre aux gens : que nous
faisons partie de cette planète et qu’il faut arrêter de livrer des guerres
contre elle. Nous nous sommes créés plein de fantaisies au
sujet de la vie après la mort et de ce qui nous emmènera dans un autre
monde : ça nous éloigne de notre planète car nous pensons que nous la
quitterons pour aller dans un monde meilleur. Selon nous, nous ne faisons pas
vraiment partie de ce monde. Des scientologistes croient que nous sommes
arrivés dans des soucoupes volantes qui nous ont déposés et sont reparties. Des
gens peuvent trouver ça bizarre mais d’autres croient voir des objets volants
avec des gens semblables à des humains à l’intérieur. Il y a un tas de
fantaisies auxquelles on croit mais ce que l’on a toujours pas compris,
c’est qu’il existe un Paradis et c’est la Terre. Il y a aussi un Enfer. L’Enfer,
c’est ce que nous faisons subir à la Terre. La réalité est devant nos yeux.
Quand je vais sur la banquise, tous les ans, là
où les phoques se font massacrer, je vois ce Paradis, je vois les nurseries des
bébés phoques du Groenland ; je vois comme ils sont beaux, je vois la
manière dont leurs mamans prennent soin d’eux ; je vois ces montagnes de
glace qui ressemblent à de grandes cathédrales qui plongent sous l’eau, je vois
comme les phoques dansent dans l’eau quand ils nagent. Et je vois l’Enfer quand
les chasseurs arrivent avec leurs matraques et leurs bateaux pour les
massacrer. L’Enfer, ce sont les actes des êtres humains, ce qu’ils font à ce
Paradis. » Sea Shepherd France
Traduit par Pamela Carzon et Loïc Saulin.
1) Cassandre - Prophétesse de la ville de Troie que
personne ne croit. Cassandre est aimée d’Apollon mais elle se refuse à lui.
Furieux, le Dieu, qui ne peut lui retirer le don de voyance qu’il lui avait
concédé dans l’aveuglement de son amour, fait en sorte que ce talent reste sans
persuasion sur autrui. Elle leur parle en vain du cheval de Troie où sont
dissimulés les Grecs et qui causera pourtant leur ruine.

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